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panorama carriere
Les carrieres
L'âme des junassols

La Pierre à Junas, ce ne sont pas seulement les grandes carrières, celles inexploitées maintenant depuis une cinquantaine d'années et qui portent le nom de la petite dépression qui les abrite, LA COMBE DU BON TEMPS.
Les carrières du Bon Temps sont la source d'interminables palabres, d'inspirations pour leur aménagement. Lieu de "pèlerinage" quotidien pour certains qui y retrouvent un calme et une sérénité au contact d'un matériau authentique, ou simplement pour fumer une cigarette ou promener les chats et les chiens dans un endroit magique...

Les carrières du Bon Temps rassemblent tous les Junassols et accueillent naturellement la plupart des manifestations ou fêtes de Junas : les Rencontres de la Pierre évidemment, mais également les festivals de Country/Rock ou Jazz qui y trouvent un lieu à l'acoustique sans pareil et y ont acquis une renommé nationale, voire internationale... ce qui incite bien souvent des musiciens à venir y jouer avec ou sans public !
C'est également un lieu de passage de nombreux sentiers qui sillonnent la garrigue environnante.

Encore un peu d'histoire !

 Dans un article paru dans la revu "Lithique", n°2, 1985, dont provient la carte des carrières de "pierre du Midi", le géologue lyonnais Michel Philippe relevait "à Junas plus de dix carrières réparties en trois groupes séparés". En réalité, les lieux d'extraction, parfois très modestes, se comptent par dizaines, tout comme dans les communes voisines d'Aujargues ou d'Aubais. A Junas, cependant, l'extraction à pris des proportions spectaculaire, laissant dans le paysage des traces impressionnantes. En outre, la pierre dite de Junas (voir la notice géologique) n'est pas seulement le seul produit du sol exploité anciennement dans la commune : au lieu dit "le Frigoulier", au Sud de celle-ci, on extrayait d'une part un calcaire dur ("pierre froide") et d'autre part du marbre gris.
 
Toutes les carrières sont mentionnées dans les archives récente (XIXème et XXème siècle) mais sont entourées d'un désolant silence pour les périodes antérieures. Vide de textes d'autant plus consternant que l'on sait nos carrières au moins d'origine romaine, qu'elles ont fourni des matériaux pour les remparts d'Aigues-Mortes, qu'elles ont alimenté durablement la ville de Sommières en pierre de construction. Mais aucun témoignage direct les concerne avant le 25 mars 1845 ! Un important travail de recensement des constructions en pierre de Junas dans la région reste à faire. On peut d'ores et déjà affirmer que la petite Camargue a été un débouché important. Cela paraît normal pour au moins deux raisons : d'abord l'absence quasi totale de pierre dans ce pays voisin et sablonneux ; ensuite la dépendance de Junas d'une puissante seigneurie située en plaine : le Cailar. Acheminer la pierre ne devait pas poser trop de problèmes grâce au réseau ancien de routes bordant ou traversant Junas. Celui-ci permettait de relier Nîmes, Montpellier, Aigues-Mortes ou Quissac sans difficulté. L'enquête à venir devrait d'abord se porter dans ces lieux et le long de ces routes.
 
Il est également difficile de savoir si les carrières de Junas ont servi par intermittence ou en permanence. La raison principale en est que les méthodes d'extraction utilisées ici (voir les méthodes d'extraction) n'ont pas varié de l'Antiquité au XXème siècle ! Mais indirectement, les registres "d'état civil" font état de carriers très régulièrement depuis le XVIIème siècle, date du plus ancien registre. Il se peut donc qu'il y ait continuité de l'extraction, au moins sous l'Ancien Régime. Par contre, la Révolution semble avoir pour un temps - un demi-siècle environ - stoppé l'activité, ce qui soulève une autre question encore sans réponse : aujourd'hui, les carrières sont communales ; qu'en était-il avant 1789 ?
 
L'absence de textes ne permet aucune affirmation. Cependant, il n'est pas sûr que les seigneurs du lieu aient su ou pu tirer parti de cette industrie; les carrières, en effet, ne figurent ni sur le recensement de leurs biens, ni sur l'inventaire de leurs recettes. Par voie "détournée", nous apprenons par contre qu'il existait à Junas (ainsi qu'à Aubais) des CARRIERES PUBLIQUES. Ainsi, le 5 octobre 1524, Jacques Robert, acquiert une maison "bordant le chemin public tendant du four commun vers la maison de Pierre Olivier du Levant (Est) et une carrière publique du couchant (Ouest)". Entre parenthèses, ce petit texte nous apprend en outre qu'il existait des "carrières" à l'INTERIEUR même du village. Le même phénomène se constate à Aubais en 1534. Ce qui prouve par ailleurs qu'à cette date le bâti est beaucoup moins dense qu'aujourd'hui.
 
Hasard de la conservation des documents : toujours en 1524, le 24 avril, Guillaume Robert, prêtre de Junas, possédait un bois au lieu-dit "Combe des Conques ou Montcails" bordant une carrière publique au Sud. Est-ce à dire qu'on pouvait se servir librement ? Si cela est envisageable pour de petits lieux d'extraction, la mise en valeur des grandes carrières devait nécessiter une réglementation : puisqu'il y avait des carriers vivant de leur travail, vendant de la pierre taillée, il serait étonnant que le propriétaire des lieux n'en tirât pas bénéfice d'une manière ou d'une autre.
 
Les carrières, probablement seigneuriales avant 1789, ont sans doute été achetées ou saisie par la commune pendant la Révolution. Désormais, les registres de délibérations du Conseil Municipal, quand  ils sont conservés, nous éclairent sur cette industrie qui ne cesse de se développer jusque dans les années 1870-1890.
 
En 1842, l'ouvrage "STATISTIQUE DU DEPARTEMENT DU GARD" ne mentionne pas les carrières de Junas. L'omission paraît grossière, à moins d'envisager une cessation momentanée de l'activité. Tout semble corroborer cette thèse : le premier règlement des carrières désormais communales date du 25 mars 1845. A sa lecture on devine qu'il s'adresse à des carriers potentiels. La municipalité saisit alors une sorte d'opportunité : entre 1801 et 1846, la population gardoise croît de 32,3%, ce qui entraîne assurément un regain d'activité des métiers du bâtiment. Rien qu'à Junas - le cadastre de 1835 en fait foi - une large moitié des constructions du vieux village sont postérieures à 1850. On comprend aisément l'inflation de la demande en matériau de construction. A l'époque le matériau de base est encore la pierre.
 
Ainsi, en 1845, la commune décide de LOUER les carrières au plus offrant ; il s'agit d'un BAIL A FERME, renouvelé tous les ans. Il n'apparaît pas que la municipalité ait attribué aux fermiers des lots ou emplacements précis d'exploitation : chacun taille où il veut, dans l'enceinte générale des carrières.
 
En 1863 les carrières sont affermées à UN SEUL adjudicataire. Le système ne satisfait guère la municipalité qui rédige alors un nouveau règlement : à partir du 1er Janvier 1864, tout ouvrier carrier paiera une redevance, soit annuelle, soit trimestrielle (ce dernier point peut montrer la mobilité des ouvriers). Ce régime reste inchangé au moins jusqu'en 1919, date limite du dernier registre jusqu'ici dépouillé. dès novembre 1864, Monsieur le Maire "(...) fait remarquer que depuis que la commune est fermière de ses carrières, sa caisse jouit d'un avantage bien plus marqué que lorsqu'elles étaient mises en adjudication". Sans commentaire...
 
Notons en outre qu'en fin des années 1860, alors que jusque-là le tarif était le même pour tout le monde, des loyers préférentiels (tant annuels que trimestriels) sont dès lors réservés aux ouvriers résidant à Junas. Etre résident signifie avoir 6 mois d'ancienneté dans la commune. Or, il est très intéressant d'être résident : une année de ferme équivaut à un trimestre pour un non-résident.

Les méthodes d'extraction

Des origines à la cessation d'activité, vers 1939 (devant la concurrence des matériaux de substitution) la technique d'extraction et de taille n'a pas variée. Elle repose sur l'emploi d'outils traditionnels mis au point dans l'antiquité. Tout d'abord, l'ESCOUDE (voir photo). Cet outil en fer forgé servait à inciser la roche dans le sens vertical. Les coups répétés des escoudes ont laissé sur les fronts de taille des stries indélébiles, visibles partout dans les carrières. Une fois les entrailles creusées, on DELITAIT le bloc à extraire (horizontalement) par éclatement, grâce à un COIN en métal enfoncé à l'aide d'une MASSE. Toute l'extraction s'est faite ainsi ; jamais, nulle part n'ont été employées de scies. La régularité remarquable et la verticalité parfaite des fronts de taille montrent assez le savoir-faire de ces hommes au métier très physique.
 
Seules ont peut-être varié les dimensions des blocs extraits. A l'Ouest des carrières, on observe plutôt des vestiges de taille modeste, très découpés, qui contrastent avec les imposants fronts de taille du coeur du lieu d'exploitation. Dans le premier cas, on a un enlevage de surface, probablement de BUGETS (ces pavés d'environ 35 kg, de 18 cm d'épaisseur et d'environ 50 cm de longueur sur 30 cm de largeur, spécialité junassole). Dans le second cas, des blocs plus importants ont été éclatés. Extraits par les carriers, ces blocs étaient confiés ensuite à des tailleurs, chargés de les transformer en bugets ou en BARDS (dalles plates pour servir de plancher à l'étage, autre spécialité junassole). C'est dans le cadre de cette transformation du "produit brut" que des SCIES ont été utilisées, d'abord manuelles (scies de long) puis mécaniques. Enfin, il devait y avoir aussi des artisans tailleurs, chargés de réaliser des pièces de confection plus délicates, nécessitant une parfaite connaissance de la pierre et de la géométrie architecturale : voussoirs pour voûtes ou arcades, pièces d'escalier à vis, etc.

Ouvrier et production

Les textes sont peu bavards sur ces questions, d'autant qu'il nous manque l'essentiel : LES ROLES (les listes), dressés chaque année, des carriers travaillant à Junas. Ainsi, la progression de l'effectif ouvrier nous échappe t-elle. La seule indication date du 30 mars 1868. Rappelant tout d'abord que l'ampleur des carrières de Junas approche celle des carrières de Beaucaire : le conseil municipal affiche 40 OUVRIERS PERMANENTS extrayant chacun UNE TONNE DE PIERRES PAR JOUR. Un calcul approximatif permet d'estimer la production quotidienne d'un ouvrier à environ 30 bugets. De même, la quantité annuelle de matériau extraite avoisine les 12000 tonnes ou, si l'on préfère, 8500 m3. Une telle quantité représente un cube de 20,4 m d'arête (un immeuble de 7 étages...). Un simple coup d'oeuil sur les carrières du Bon Temps vous édifiera sur le temps qui a été nécessaire pour faire disparaître la colline et ses flancs.
La pierre
Géologie et analyse de la pierre de Junas

Source: Etude de l'école des Mines d'Alès (1991) Marc CHAMBILY et Pascal REYMONDIE
 
DATATION:
 
La pierre de Junas est un calcaire détritique formé lors de l'ère tertiaire (série: Miocène - Etage: Burdigalien) soit il y a environ 20millions d'années. Sa formation est contemporaine à la dernière phasede surrection des Alpes, qui a lentement permis l'émersion de larégion, jusque là zone lagunaire (eau salé).
 
STRUCTURE, ASPECT ET COMPOSITION
 
Suivantla table de classification de Folk, cette roche reçoit le nom de :BIO-MICROSPARITE GRAVELEUSE. Cette molasse calcaire est composéed'éléments très divers tels que :

  •     des fossiles végétaux et animaux (algues et coquillages rarement entiers)
  •     des agrégats calcaire (grains de la taille d'1 mm3 à 95% sous forme de calcite, c'est-à-dire de groupe de cristaux organisés autour d'un"noyau")
  •     quelques rares oxydes tels que le fer et le manganèse.

Ces composants sont liés entre eux par un ciment de calcite qui laisse néanmoins une assez grosse proportion "d'espace vide" ou pores.

La roche apparaît homogène sans fissures ni micro-fissures. Elle pourrait s'étendre sur 20 ou 30m d'épaisseur.