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Histoire ancienne
Junas, Gavernes, Aubais, la Vaunage et le Sommièrois

Celui qui se lance dans l'histoire de son village a tendance à penser qu'elle est à part, unique, tant il est vrai qu'on est porté à souligner d'abord ce qu'il y a de spécifique, de particulier. Les archives elles-mêmes sont trompeuses, ne conservant qu'une part sélectionnée, exceptionnelle, d'évènements de la communauté : la construction d'un moulin, d'une église, l'exil d'un seigneur... Ces écrits sont en outre le fait de puissants, de l'élite ; ainsi nous échappe la vie de tous les jours, le quotidien des habitants qui ne transpire de ces documents que par les déductions qu'on s'autorise à faire après lecture d'ouvrages généraux sur l'histoire de la région.
 
Ce caractère à priori particulier de l'histoire de Junas, est en outre renforcé par la géographie. Voyez les ouvrages parus sur la Vaunage et sur le Sommièrois : Junas n'apparaît ni dans les uns, ni dans les autres ! Nous ne sommes ici ni dans la Vaunage, ni dans le Sommièrois, mais "coincés" entre les deux, sur un étroit ruban de collines. Ce silence bibliographique s'explique aussi par la géopolitique ancienne : de par son appartenance à une puissante seigneurie située en plaine (Le Cailar) dont elle constitue la limite nord, Junas ne dépend ni de Sommières ni de Calvisson, les deux centres nerveux voisins et importants du Moyen Age. Une frontière "administrative" encadre donc Junas à l'Ouest et au Nord : à l'Ouest, elle remonte le ruisseau de Corbières ; au Nord, elle suit la voie romaine Nîmes-Toulouse. Cette limite Nord laisse d'ailleurs supposer que ce découpage est antérieur au Moyen Age. Au Sud-Ouest, l'important Vidourle s'imposait, limite de "pays" d'abord, avant d'être administrative.
 
Reste l'Est. De ce côté, ni route, ni rivière importante qui puisse matérialiser une limite. Pour qui regarde la carte des environs, il est net que la frontière Junas-Aubais est toute artificielle, résultat d'un "coup de ciseaux" administratif. Il s'agit en fait de la limite de la viguerie de Sommières, créée vers 1239 et dont Junas dépendait (une viguerie s'apparente à un canton d'aujourd'hui). Tout le long de cette frontière sont plantées des bornes qui la jalonnent. Ces bornes sont dotées d'une encoche sommitale servant de mire. Chaque pierre - on en compte une dizaine - a un signe de reconnaissance gravé. Les plus anciennes bornes sont attestées en 1547 sur le compoix d'Aubais (ancêtre du cadastre).
 
Bien que de trois seigneuries différentes, Junas, Gavernes et Aubais ont un passé intimement lié dont les actes de l'Ancien Régime sont le reflet, mais dont le ciment, bien antérieur, ne nous apparaît pas clairement : une grosse "juridiction" romaine entre Voie Domitienne et Voie de Vieille Toulouse ?

Voies et cadastre antique

Une voie romaine de première importance passe sur la comune de Junas. Elle constitue aujourd'hui la limite entre Junas et Villevieille, tracé repris à quelques mètres près par l'ancienne voie de chemin de fer desservant la gare de Junas-Aujargues. Communément appelée VOIE DE VIEILLE TOULOUSE (et "ancien grand chemin de Nîmes à Sommières" sur le cadastre junassol de 1835) cette route reliait Nîmes à Toulouse via Lodève. Elle a peu à peu perdu de son importance, probablement devant les aménagements routiers de l'Ancien Régime. Ainsi au milieu du XVIIIème siècle, elle n'est plus mentionnée sur les cartes : l'actuelle D40 (par congénies, Aujargues et Villevieille) s'y était déjà substituée.
 
C'est pour cette voie romaine qu'à été bâti le célèbre Pont de Sommières, fort de 17 arches et long de 190 mètres, ce qui laisse à penser que les architectes romains savaient ce qu'est une "vidourlade" ! POUR CET OUVRAGE, DEJA, JUNAS A FOURNI LA PIERRE. Ainsi nos carrières sont au moins d'origine romaine ! Il est d'ailleurs possible que le chemin de Corbières, sur le tracé duquel, à la sortie du village, on peut observer de magnifiques et rectilignes ornières à même le roc soit contemporain de cette construction. En tout cas, ce chemin rejoint la voie de Vieille Toulouse près du ruisseau de Corbières sur lequel il y avait peut être un pont.
 
Il est possible également que le chemin du Poussel (Celui qui mène à l'actuel cimetière) soit une voie d'origine romaine car, dans l'hypothèse très probable de l'implantation d'une villa romaine à l'emplacement du village de Junas, ce chemin mène directement à la voie de Vieille Toulouse. Il la coupe perpendiculairement et la traverse en direction d'Aujargues, autre villa romaine.
 
Jusqu'à présent, l'absence d'étude cadastrale sérieuse n'a pas permis de trouver trace sur la commune d'un parcellaire d'origine romaine. Néanmoins, les travaux menés par l'Université de Besançon montrent que le découpage dépendant de l'oppidum d'AMBRUSSUM (commune de Villetelle) s'étend au moins jusqu'à Gavernes. En théorie, ce découpage s'orientait perpendiculairement à la VIA DOMITIA, la plus importante voie romaine de Gaule du Sud, franchissant le Vidourle à Ambrussum. Mais il est vrai que les méandres de ce fleuve et le relief mouvementé de ses rives a pu conduire à choisir des orientations différentes.
 
Enfin, une autre voie antique, probablement antérieure à l'époque romaine, traversait Junas : c'est l'actuelle route d'Aubais, virant à Gavernes vers le Mas de Christin, puis Sommières. Cette route provenait du Grau du Roi et de ses marais salants, exploités depuis la plus haute antiquité. Elle acheminait le sel en Cévennes, par Sommières et Anduze ou St Hippolyte du Fort. Cette route est connue sous le nom de COLLECTRICE DE JALCRESTE (P.A. CLEMENT) à partir de Sommières, car elle était aussi une voie de transhumance. Un acte de 1618 nous décrit cette route comme étant le "chemin allant de Sommières à Aigues-Morte".
 
Ainsi, tout porte à croire que Junas a connu plusieurs endroits, peut-être à des moments différents, une occupation gallo-romaine. Cela n'a rien d'étonnant lorsqu'on sait la densité de population, la large mise en valeur du terroir, la force de l'empreinte administrative romaine en Languedoc-Roussillon.

Le Moyen-Age à Junas

Dans sa longue durée - 1000 ans d'histoire - le Moyen Age recouvre un ensemble de périodes fondamentales pour la compréhension de notre société. Cette époque jette les bases de toutes les structures (terriennes, seigneuriales, juridiques, fiscales) qui ont perduré jusqu'en 1789, voire au delà. Du Vème au XIème siècle, le Midi méditerranéen connaît une histoire riche en événements, aboutissant à un sommet de la "société occitane" - celle des troubadours - au XIIème siècle.

Cette région, marquée dans ses mentalités, ses coutumes, ses paysages par six siècles d'empreinte romaine, devient vers 415 le royaume wisigothique de SEPTIMANIE, dont la capitale est déjà TOULOUSE. Les Francs, installés plus au Nord, convoitent ce riche territoire et y font des incursions régulières. Vers 719 cependant, c'est du Sud que vient l'envahisseur arabe, qui s'installe pour une petite cinquantaine d'années. Les Francs, ayant arrêté les Arabes à Poitiers en 732, s'érigent en libérateurs (en fait en conquérants) de la Septimanie gothe. Après 801, sous Charlemagne, l'Arabe est définitivement repoussé bien au-delà des Pyrénées, et la Septimanie rentre dans le royaume franc.

Les descendants de Charlemagne ne parviennent pas à gérer l'Empire. Non seulement il se morcelle, mais il échappe en outre à tout contrôle central. A l'aube du Xème siècle débutent les 350 années de l'EPOQUE FEODALE où les seigneurs - souvent belliqueux - font régner leur loi plus souvent que la paix. Vers l'an mil, cependant, l'Eglise arrive tant bien que mal à freiner ces luttes fratricides. L'époque féodale, dans le midi, se termine "tragiquement", par un long conflit doublé du rattachement en 1271 du comté de Toulouse - quasiment indépendant jusque là - au Domaine Royal. La traque des hérétiques (Cathares, Vaudois) amorcée en 1207-1209 par la "croisade des Albigeois", continue.

Le Sud blessé, humilié, rentre peu à peu dans le Royaume de France, dont la couronne ne cesse de se renforcer. Elle assoit son pouvoir par le biais des SENECHAUSSEES, aux officiers zélés (celle qui concerne JUNAS siège à Beaucaire). Il faut attendre 1443 pour que le PARLEMENT DE TOULOUSE, réunissant des représentants des ordres (noblesse, clergé, tiers-état) retrouve ses prérogatives. Entre temps, comme le reste de l'Europe, le Midi aura vécu des heures difficiles : la peste de 1348-1349 emporte un bon tiers des habitants, et réapparaît ensuite tous les 3 ou 4 ans.

Les effets, souvent indirects mais réels de la GUERRE DE 100 ANS, se superposent à des difficultés économiques (famine particulièrement cruelle en 1374-1375). A la fin du Moyen Age (milieu du XVème siècle) la mort fauche plus que de raison depuis 100 ans. C'est le temps "de l'homme rare"(E. LEROY LADURIE).

Junas et Gavernes : le choix des lieux

Le Haut Moyen Age n'a laissé aucune trace écrite de Junas. Nous ne sommes d'ailleurs pas certains que le site soit occupé. Il le fut peut-être par intermittence. L'histoire de Junas continue néanmoins, et ce sous deux aspects : d'une part, tout ou partie du territoire échoit à plusieurs "propriétaires", dont l'un d'entre eux, plus riche, plus influent ou plus puissant, s'impose peu à peu comme le seigneur des lieux. Celui de Junas n'a cependant guère d'envergure : très tôt, on le devine vassal d'un seigneur à l'assise foncière bien plus étendue (famille RAINON du Cailar ?).

Ainsi, grandes et petites seigneuries, avec la pyramide des droits qui en découle, se mettent en place dès avant 800. Après le IXème siècle, les puissantes familles descendant des COMTES (administrateurs locaux de Charlemagne) s'affirment et s'ancrent durablement comme les chefs politiques et militaires incontournables de la région. Leur avidité de terre - réelle richesse de l'époque - se heurte à celle, identique, des ecclésiastiques. D'autre part, en effet, un second mouvement tout aussi important est la lente organisation destrames ecclésiastiques et paroissiales. Les grandes abbayes (Psalmodu, près de Générac, Aniane "et sa fille" St Guilhem le Désert, mais aussi St Gilles) s'étalent alors sur des territoires extrêmement étendus.

Parallèlement, le réseau de paroisses, avec bientôt une église et un prêtre dans chacune d'elles, tisse un parcellaire dont chaque maille représente désormais et de manière durable, une entité géographique, sociale, juridique et, bien sûr, religieuse. Ainsi, le prieuré St Benoit de Junas dépend-il d'Aniane ; St Saturnin de Gavernes (église aujourd'hui disparue) était rattaché à franqueveaux. A quel moment exact les instances religieuses ont-elles décidé qu'il y aurait DEUX PAROISSES (Junas et Gavernes) sur le territoire de notre actuelle commune ? Nous ne le savons pas. Mais ce choix montre clairement que les deux lieux étaient peuplés, et pour Gavernes, bienplus qu'aujourd'hui. De sérieuses études menéees en Italie du Nord et en Aquitaine ont abouti à dater l'installation des hommes dans des habitats durables et regroupés (villages) autour de l'an mil. Des recherches archéologiques permettront peut-être de se plier à cette datation.

En tout cas, les choix qui ont guidé ces hommes dans leur installation présentent des similitudes et des différences. Similitudes : en tout premier lieu, la proximité de l'eau, élément fondamental ; Junas bénéficie de plusieurs puits et sources, Gavernes de la résurgence donnant naissance au ruisseau de Gamatèle (Font de Montgros). La présence de vestiges archéologiques atteste d'ailleurs une occupation antérieure des deux sites. Différences : les Junassols choisissent un promontoire rocheux, massent leurs habitations autour de l'église, édifiée au plus haut point. Phénomène classique, bien connu dans le monde méditerranéen : c'est l'INCASTELAMENTO. L'avantage défensif et stratégique est indéniable. A contrario, ceux de Gavernes s'installent en plaine, voire en marécage... La raison en est obscure ; la route du sel détermine t-elle ce choix ? Y avait-il une halte relais, ou un péage à Gavernes ? Cette installation a t-elle - comme nous le verrons plus loin - un fondement religieux ?

Des textes, enfin!

Les plus anciens textes sur Junas et Gavernes apparaissent dans la seconde moitié du XIIème siècle, enfin ! Mentions de personnages, de lieux, ils n'autorisent guère de long développement.

Voici d'abord Gavernes : à deux reprises, en 1185 et 1216 nous apprenons que les seigneurs du lieu sont aussi chevaliers des arènes de Nîmes. Ils sont donc vassaux du Vicomte des arènes et participent le cas échéant à la défense de la région nîmoise. En 1216, Pons de Gavernes semble être un personnage de quelque importance, puisqu'il est viguier de Simon de Monfort et participe à la répression contre les "hérétiques" (Cathares ou autres).

La seigneurie de Junas, par contre, ne semble pas fournir de chevalier au Arènes ; lacune des archives ? Quoiqu'il en soit, elle existe bel et bien et s'entoure d'un premier rempart - un CASTRUM - fort étroit, ceinturant l'église et quelques maisons. On peut penser que la muraille a été élevée entre 1050 et 1300. Il en reste une très belle porte du XIIIème siècle Place de la Croix et des fragments de remparts derrière l'église. Le texte le plus ancien concernant Junas, écrit entre 1146 et 1153, provient du cartulaire de l'abbaye d'Aniane. Il s'agit d'une remontrance rédigée par le pape Eugène III lui-même, illustrant "la guerre" que se livrent, encore au XIIème siècle, seigneurs laïques et autorités religieuses.

Ici, Bertrant de Montmirat (puissant seigneur de l'époque) "est parti avec la caisse", emportant la dîme et les prémices levées par l'Eglise ! On le somme de rendre l'argent, on lui conseille de ne pas recommencer, sans quoi la justice canonique de l'Abbé d'Aniane et des évêques de Nîmes et d'Uzès s'abattra sur lui et ses frères... à Gavernes ? Cette installation a t-elle - comme nous le verrons plus loin - un fondement religieux ?

Junas et Aubais

L'abbé d'Aniane possède donc le prieuré de Junas. Mais possède t-il la seigneurie, c'est-à-dire la terre et les droits qui y sont rattachés ? Rien n'est moins sûr : que venait faire Bertrand de Montmirat à Junas ? Etait-il "chez lui" ?

Nous voici confrontés à l'insoluble : le droit féodal. Celui-ci est à ce point complexe que, parfois, plusieurs seigneurs se "superposent", plusieurs seigneurie s'enchevêtrent, s'imbriquent tout comme les droits qui en dépendent. De tous les étages des vassalités, nous ne connaissons, et encore tardivement, que le supérieur, celui des grands seigneurs qui comptent Junas parmi les dizaines d'autres fiefs de leur énorme assise foncière. Cela est vrai pour l'après 1248, nous y arrivons. Mais avant, nous ne connaissons qu'un seul texte, daté de 1236, certainement important car il était conservé au château d'Aubais, et recopié au XVIIème siècle. Par cet acte, un certain GIBELIN D'ANGLADE (de Langlade en Vaunage ?) venait la seigneurie de Junas à GUIRAUD D'AUBAIS (autre chevalier des Arènes).

Dès lors, les sorts de Junas et d'Aubais semblent indissociables, jusqu'il y a peu ncore, même si Aubais - déjà plus important - ne dépend pas toujours de la même haute seigneurie que Junas.

Junas et Le Cailar

SAINT LOUIS a scellé durablement l'histoire de Junas, en octroyant la seigneurie du Cailar à la famille BERMOND (branche Sommières) entre 1239 et 1248. Comme nous l'avons dit, il est possible que Junas fit antérieurement partie de la seigneurie du Cailar. Celle-ci fut confisquée à la famille RAINON en 1226 par St Louis. Comme les BERMOND de Sauve, d'Anduze, d'Alès et de Sommières, les RAINON prirent le parti des Cathares et du Comte RAYMOND DE TOULOUSE.

Puis autour de 1240, bien des nobles se révoltèrent contre St Louis, et surtout contre les vexations imposées par le pouvoir royal. Les BERMOND étaient de ceux-là : Sauve, Alès, Anduze et Sommières (en 1239) leur furent confisquées. La révolte aboutit à une enquête royale (1247-1248) au terme de laquelle la Couronne "restitua" quelques biens ou plutôt fit des échanges qui affaiblissaient toujours les grandes familles : ainsi PONS DE BERMOND hérita, en contrepartie de Sommières confisquée, de la seigneurie du Cailar.

C'était à Sommières en 1248, en présence de St Louis, avant son départ pour les Lieux Saints. Nous ne pouvons affirmer que Junas entrait dans l'échange, mais cela est fort probable : le fils de Pons de Bermond en est seigneur en 1321. Le 23 mars de cette année là, il rend hommage au Roi pour ce petit fief. Désormais, et pour un siècle et demi, les BERMOND DU CAILAR règnent sur Junas, qui dépend de cette puissante seigneurie jusqu'à la Révolution. Pour en finir dans ce dédale, résumons le schéma probable du réseau complexe des seigneuries : Junas a son petit seigneur local, vivant au "Castrum". Il dépend peut-être d'une seigneurie plus vaste, Aubais, bien que les rapports entre ces deux fiefs ne soient pas clairement établis. Ce qui est sûr en tout cas, c'est que la puissante famille Bermond inclut Junas dans son énorme domaine comprenant une quinzaine de fiefs (vers 1330).

La vie quotidienne

Nos investigations ne permettent pas encore de longs développements sur ce sujet par ailleurs délicat du fait du manque d'archive. On peut néanmoins raisonnablement imaginer Junas au XIVème siècle comme l'un de ses nombreux petits villages fortifiés, regroupant probablement une vingtaine de maisons intra-muros.

L'église existe déjà : elle est mentionnée en 1326, et date probablement du XIIème siècle. Junas n'échappe pas aux malheurs du temps : la peste de 1348-1349 a durement atteint la démographie ; le premier dénombrement de population (1384) ne recense que "5 feux", terme difficilement quantifiable : entre 20 et 80 personnes... (à la même date, Aubais compte aussi 5 feux). C'est peu.

Des sommets démographique avait été atteints vers 1325 : en Vaunage, la densité de population était identique à celle enregistrée vers 1760 ! Mais depuis 1300, et particulièrement entre 1335 et 1348, le trop plein d'hommes doublé des rendements faibles avaient fait resurgir les disettes. Ainsi de 1350 à 1450, le Midi perd entre un tiers et la moitié de sa population. Junas n'a pas pu échapper à cette récession.

La vie économique

Récession démographique signifie aussi régression de la surface cultivée. Les défrichements, ici, avaient perduré jusqu'en 1300. Les bouches à nourrir devenant moins nombreuses, des terres sont abandonnées, surtout en garrigue.

Le mouton, omniprésent, peut vaquer dans ses terres nouvellement en friche : "les hermes". Depuis 400 ans, on n'avait pas connu cela. Il convient enfin de rappeler que l'économie de l'époque est avant tout vivrière : pour de longs siècles encore, la vigne est quasiment absente du paysage.

Partout, ce ne sont que champs d'orge et de froment, bientôt de seigle, mis en valeur selon le système de jachère biennale, avec des techniques archaïques aux résultats médiocres : 4 à 8 grains récoltés pour un semé. A ces cultures s'ajoutent les petits jardins maraîchers aux portes du village, probablement situés entre les actuelles rues du Moulin à Huile et des Ecoles.

Chacun y récolte ses pois, ses fèves, ses navets, compléments à la nourriture de base, le pain, la viande - ovine et porcine essentiellement - n'étant pas présente tous les jours dans l'assiette. Curieusement, l'agriculture étant principalement céréalière, il ne semble pas que Junas ait disposé d'un moulin à blé au Moyen Age. Ceci devait être un très lourd handicap pour la communauté, contrainte de charroyer son grain "jusques aux moulins du Vidourle et du Lez". Du Lez, vous avez bien lu ! Un tel déplacement, mouture comprise, devait nécessiter 3 ou 4 jours de disponibilité !

Par contre, un ou deux moulins à huile existaient vraisemblablement, l'olivier étant une ressource non négligeable, aligné en "olivette" sur les terres ingrates, mais aussi souvent "complanté", dans les champs de céréales. Système antique, le complant est encore visible aujourd'hui.

La vie municipale

Enfin, nous ne savons presque rien sur les coutumes et la vie "municipale". Toutefois, le Midi, riche de son passé romain et de ses "habitudes démographiques" a développé un système original de vie communautaire, né dans les villes peu avant 1200. Il s'agit des CONSULATS ; les consuls étaient des personnes - nobles ou notables - choisies, rarement élues, pour réglementer différents aspects de la vie de la cité. Elles étaient aussi les représentantes de la communauté auprès des différents pouvoirs, seigneuriaux, religieux ou royal.

Ce phénomène urbain gagne peu à peu les campagnes ; les villages aussi se dotent de représentants. A Aubais, on pressent l'existence d'un "conseil politique" (selon le terme de l'époque) et de représentant dès 1362. A Junas, les "élus" appelés PROCUREURS (du latin "procurare" "prendre soin de...") sont attestés dès 1482. Le conseil politique fonctionne à cette date de manière régulière, ce qui démontre son antériorité.

Curieusement, ces procureurs émanent des communautés de Junas ET Gavernes ; ainsi, bien que paroisses distinctes, les deux villages sont déjà associés dans la gestion, et ce jusqu'à la Révolution. Il faut voir là, sans doute, une démonstration de la primauté de Junas sur Gavernes, au moins en ce qui concerne le nombre d'habitants. Malheureusement, si ancien que soit le conseil politique, nous ne conservons que des délibérations postérieures à 1740. La coutume était que chaque consul, une fois remplacé, conservât toutes les archives inhérente à son mandat. Ainsi, ce sont trois siècles d'écrits qui nous échappent...